L
e Canon règne sur l’ensemble des mondes de la galaxie et la croissance est devenue l’opium des peuples. Seuls quelques improbables réfractaires s’essaient à résister à cette conscience numérisée en traquant, à travers l’espace, les derniers vestiges d’une société ancienne qui, grâce à un procédé nommé ART, transcendaient la matière en émotions.
Portée par une réflexion quasi philosophique, Mimèsia n’est pas une bande dessinée qui se lit par-dessus la jambe, sous peine de ne lui trouver qu’un intérêt limité. Les questions qu’elle soulève relèvent de l’existentiel et résonnent avec une acuité d’actualité : la conscience numérique, la croissance entropique, la nécessité de l’Art… et mille autres choses encore ! Tenter de traiter le tout en une soixante-dizaine de pages relève de la gageure et demande, de la part du lecteur, une certaine empathie. Très vite, il apparaît que l’album ne suffira pas et qu'à vouloir embrasser ce que d'aucuns ont mis toute leur vie à définir, les risques de déception, voire de frustration seront inévitables… et ils le sont ! Après, se pose la question de la forme. Le récit de science-fiction, vu la temporalité, est une évidence, mais le traitement qui en est fait, malgré un souci de créativité, montre des limites incompatibles avec l’immensité du sujet et des ambitions qu’il porte. Ici, il est plus question de spectacle de marionnettes que d'épopée intergalactique. Certains souligneront l’audace et la maestria de ces planches à la gouache et à l’aquarelle, d’autres trouveront le résultat improbable, extravaguant et finalement trop décalé.
Album entre deux eaux rempli de quelques fulgurances, Mimèsia s’avère comme ce vin imaginé complexe et puissant mais qui se révèle, une fois en bouche, trop confus et déséquilibré pour ne pas être oublié.


















J'aime bien Hugues Micol, mais ici, la sauce n'a pas pris pour moi.
En positif, l'univers foisonnant d'inventivité, et les dessins. On y retrouve de très belles planches de l'espace, par exemple. Par contre, le scénario est beaucoup trop léger. Une sorte d'I.A. qui a uniformisé toutes les races de l'univers veut garder le contrôle, tandis que des réfractaires veulent préserver l'histoire humaine, en particulier les œuvres d'art, ce que l'I.A. trouve dangereux. S'ensuit une chasse à l'homme pour détruire un buste de marbre, qui représenterait selon l'I.A. la « sensibilité » et tout le tralala. On a déjà vu ça souvent, comme récit.
Micol injecte beaucoup de comédie à son récit, en commençant par l'emploi de termes désuets, gentillets et enfantins en guise d'humour. Exemple : « Il est mort, c'est enquiquinant. » Ou des jurons inoffensifs comme « sapelotte », etc. D'ailleurs, l'agencement des cases est parfois un peu confus, ce qui gêne la lecture.
C'est une belle histoire à regarder, mais son propos, déjà lu et entendu souvent ailleurs, traité de manière superficielle, ne fait pas de Mimésia une BD indispensable, malheureusement.