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1947.Peter Graham est devenu détective à Los Angeles après être revenu du front d'Alsace. Entre enquêtes pitoyables, filatures, adultères et escroqueries de bas étage, il vivote. Cependant, cet ancien soldat met un point d'honneur à tenir une promesse : retrouver Clark Brown, un musicien de jazz, pour lui remettre une trompette ayant appartenu à son frère mort au combat. Les investigations démarrent comme une démarche personnelle, un acte de rédemption. Mais à mesure que la piste est remontée, l'affaire change de ton et prend de l'envergure. Les silences se multiplient, les témoins se défilent et les beaux paysages se révèlent factices et leurs dessous crasseux (chantage, traitrises et violence brute). Accompagné d’un camarade journaliste, Peter découvre que la disparition de Clark n’est pas anodine, mais fait partie d'un ensemble sordide et dangereux.

Après Les forêts d'Opale et Les chroniques d'Atlantide, Stefano Martino opère un grand virage pour offrir un hommage aux polars des années quarante - cinquante. Le lecteur suit le parcours d'un enquêteur torturé qui lutte contre l'alcool et tente d'oublier un ancien amour en peignant des tableaux. Les ingrédients idoines se retrouvent : un privé en pardessus, une “voix off” présente, une tension dramatique crescendo et du suspens, sans oublier une belle femme qui brise les cœurs. Le protagoniste principal ne se démarque pas par un héroïsme éclatant, mais une logique mécanique et inconsciente – celle acquise à la guerre - quand il a compris que l’hésitation coûte plus cher que l'action brutale. Il y a chez lui quelque chose d’un tueur latent : une capacité à anticiper le danger et à frapper vite s'il le faut… puis à porter le poids de ce geste quoiqu'il arrive. Ainsi, l'histoire gagne en densité : l'obscurité n’est pas seulement dans la ville, elle est tapie à l'intérieur de l’individu, théâtre d'un tiraillement entre le désir de s’en tirer et la part de lui-même que la guerre a déjà anéanti.

Personnages, voitures, bâtiments et costumes : l'artiste a réalisé un beau travail de documentation pour proposer un ouvrage incarné. Quelques nuances de gris et la couleur des peintures agrémentent le noir et blanc des planches.

Cette plongée dans un Hollywood hivernal à l'ambiance cinématographique allie modernité d’écriture et classicisme des thèmes. Un one-shot dans lequel les personnages comptent autant que l'intrigue.

Par L. Moeneclaey
Moyenne des chroniqueurs
6.0

Informations sur l'album

The painted crime

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L'avis des visiteurs

    BMR Le 17/03/2026 à 16:59:10

    Un album aux dessins superbes qui nous ramène à l'époque où Los Angeles brillait aux lumières d'Hollywood pour faire oublier la noirceur de la pègre. Au temps des polars peuplés de détectives privés, jolies pépées et belles autos.

    L'italien Stefano Martino s'évade de son habituel univers de fantasy pour un très bel hommage aux polars hard-boiled des années passées.
    The painted crime nous ramène au mythe originel de la Cité des Anges.

    Comme il se doit dans tout bon film noir de la fin des années 40, Peter Graham est un "privé".
    Mais c'est un gars abîmé par ce qu'il a vécu de la guerre en Europe où il a perdu beaucoup de ses amis.
    Peter essaie d'arrêter l'alcool (comme tous les détectives ?) mais c'est aussi un peintre amateur à ses heures.
    « C'était l'un des effets secondaires de mon travail. Être confronté à des trahisons et des crimes ne donne pas envie de croire en l'être humain. »
    Pour honorer la mémoire d'un camarade tombé au combat en Europe, il va se fourvoyer dans une situation périlleuse (un sacré merdier en fait !) où l'on découvrira les dessous peu reluisants des studios d'Hollywood. Epstein avant l'heure ?
    Heureusement, il lui reste encore un soutien : son ami Jonathan est journaliste au L.A. Times.

    Depuis quelques années, la bande dessinée nous aura fait redécouvrir le noir et blanc.
    Et dans toutes ses variations. Les grands aplats de Manu Larcenet, les gris gothiques des frères Brizzi, les dégradés de Frédéric Bézian, les contrastes de Christophe Chabouté, ... pour ne citer que quelques uns des plus emblématiques mais il y'en a tout plein d'autres et c'est toujours une nouvelle découverte : à chaque fois la magie opère et on se demanderait presque comment ou pourquoi revenir à la couleur.
    Un peu comme lorsqu'on redécouvre certains vieux films avec un délicieux noir & blanc qui nous parait, paradoxalement, plus "naturel" que le technicolor d'aujourd'hui.

    Il sera d'ailleurs beaucoup question de cinéma dans cet album.
    Avec d'abord cette couverture en guise d'affiche d'époque, avec l'intrigue ensuite qui prend place autour des studios d'Hollywood mais surtout pour le dessin et la mise en page où l'auteur affirme clairement sa passion pour le 7ème art : cadrage, champ et contre-champ, plongée et contre-plongée, panoramique, gros plans sur les visages des "acteurs", toute la grammaire du cinéma est là et on a rendez-vous dans une salle obscure : on s'y croit vraiment.
    Dans sa postface, Stefano Martino nous révèle que cet amour du cinéma lui a été transmis par son père.

    L'auteur nous dit également avoir réalisé un gros travail de documentation pour reconstituer les rues, les bâtiments, les costumes, les voitures, des années 40-50.
    Il s'est toutefois permis quelques libertés historiques comme ce couple mixte en noir et blanc (ah, ah) chose impensable à l'époque où les blacks n'avaient pas encore leur place, même au retour de la guerre.

    Le dessin précis, soigné, détaillé, donne un style très photographique (et il sera également question de photos dans cette histoire).
    Avec Martino, même les gris viennent rehausser le noir et les planches sous la pluie ou la neige (oui, il a neigé à L.A. en janvier 49 !) sont tout simplement superbes.
    C'est un bel objet à feuilleter de temps à autre, comme on regarde de vieux albums photos, et l'on se dit même que, pour une fois, c'est le scénario qui est au service du dessin.

    Les nombreux cartouches narratifs (c'est Peter, narrateur autodiégétique, qui raconte à la première personne) imitent la typographie d'une vieille machine à écrire, comme dans un tapuscrit de roman d'époque. C'est pas idéal pour la lecture mais c'est parfait pour créer l'ambiance !
    Avec des trucs du genre « l'air de la morgue nous accueillit de son étreinte glaciale » humm, on en redemande !

    ayeaye Le 15/03/2026 à 15:29:11

    Un détective privé alcoolo, vétéran de la guerre (la deuxième mondiale), désabusé et revenu de tout, sur fond de voix off. Vous avez dit clichés ?
    Difficile de savoir la frontière entre hommage et multi-plagiat.
    Rien à redire sur les dessins et la maitrise du noir et blanc, sur la forme, tout est parfait. La couverture notamment, très "film noir" des années '50.
    Maintenant, rien d'original sur l'enquête, une histoire de chantage à la photo plutôt (très) classique. Au passage, le détective en profite pour se sevrer de l'alcool en deux pages, balèze, le mec !
    Ce qui me plait moyen, c'est la conclusion de l'album. Pas la conclusion de l'enquête, sans grande surprise, mais les dernières pages et le "traitement" des maitres-chanteurs qui sont tout de même très largement impliqués dans la partie sordide de l'histoire : (bon, je reste flou pour pas spoiler, là...) ça me semble quand même assez limite...

    Bedelisse Le 06/03/2026 à 09:21:22

    Un très beau tableau des polars hollywoodiens des années 50. Le choix du noir et blanc met superbement en valeur la ville de Los Angeles et renforce l’atmosphère lourde et pesante qui y règne.
    Les dessins sont incroyables, avec un travail remarquable sur les cadrages des personnages. Le graphisme est tout simplement magnifique.

    Côté scénario, l’enquête se déroule de manière assez linéaire, portée par la voix « off » de notre détective. L’intrigue est intéressante, même si elle manque peut-être d’un peu de profondeur à mon goût.

    Une très belle œuvre. Bravo.