S
eydou vit à Aubervilliers avec sa mère et le fantôme de sa sœur décédée quelques années plus tôt dans un incendie possiblement criminel. Au sein de ce quartier où règne la violence, il est le souffre-douleur de ses camarades. Las d’encaisser les coups, il se réfugie dans la boxe, où il finit par exceller. Gagnant en confiance, il entreprend de découvrir la vérité sur les circonstances entourant la mort de son aînée.
Entre les cordes oscille entre l’intime et le social. D’un côté, les blessures d’enfance et la résilience, de l’autre, une banlieue, en proie à la fureur. Les deux se marient habilement quand le protagoniste mène l’enquête.
De Rocky à Raging Bull en passant par le manga Ashita no Joe, il y a un air de déjà-vu dans cette autofiction où le pugilat se veut une allégorie de la vie. Le ring se révèle l’épicentre d’un monde, un espace sans faux-fuyants où il est impossible de mentir. À force d’être recyclée, la métaphore s’apparente au cliché.
Les quartiers pauvres et leurs dérives constituent également un thème abondamment abordé ; le lecteur pense, entre plusieurs autres, à La haine de Mathieu Kassovitz ou à la série Engrenages.
Le dessin apparaît sec, anguleux et plutôt froid. La colorisation sauve heureusement la mise. Cette dernière repose sur de larges à-plats, souvent dans des teintes de noir ou de bleu très foncé, ponctués de taches claires, semblables à des coups de poing visuels. Les planches étant imprimées sur fond noir, des portions d’illustration se confondent avec les gouttières, un peu comme s’il n’y avait plus de cadre (ou de cordes) pour circonscrire l’univers du héros. Aussi, révélées par un habile jeu d’ombres, certaines scènes de combat confinent à l'abstraction et offrent des planches d’une redoutable efficacité. Enfin, visiblement influencé par le manga, l’artiste sait découper une séquence d’action et donner du rythme à sa narration.
Si le récit n’esquive pas toujours les stéréotypes, l'album finit par l'emporter aux points grâce à sa puissance graphique. Rakajoo signe une œuvre imparfaite, mais habitée.







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