P
remière moitié du XXIIe siècle, le monde se remet tant bien que mal de guerres destructrices. Le temps que le niveau de radiations descende, les gens se sont terrés dans d’immenses silos, dont Europa. La société y est divisée : d’un côté une élite corrompue, de l’autre les pauvres habitant des quartiers dominés par les gangs. C’est dans cet univers que vit Syl. Victime d’un attentat ferroviaire alors qu’elle avait six ans, la gamine a perdu ses jambes et la vue. Les services médicaux étant hors de prix, elle ne peut être soignée. Son père, mécanicien, entreprend néanmoins de lui fabriquer les membres manquants et de la guérir de sa cécité. Ce faisant, il la transforme en une arme redoutable. Hawk constitue le quatrième volet (sur cinq) de la série Cyborgs. Chacun des albums est centré sur un personnage bénéficiant des soins du machiniste.
Le scénario, toujours signé Jean-Luc Istin, se distingue des précédents. Dans cet antépisode, l’auteur prend son temps. L’action, omniprésente dans les premiers tomes, fait place à un récit davantage centré sur la psychologie des protagonistes. Alors que l’ouvrier jouait généralement un rôle secondaire, il se révèle cette fois au cœur des événements (même si le livre ne porte pas son nom). Il est intéressant de comprendre ses motivations et ce qui l’incite à devenir un justicier par personnes interposées. Les enjeux demeurent les mêmes : culte de la perfection, eugénisme et dérives politico-économiques, avec en toile de fond le danger des régimes autoritaristes.
Le trait réaliste d’Alina Yerofieieva tient la route. L’artiste se montre généreux en offrant au lecteur des illustrations regorgeant de détails. Dans cette saga, les décors apparaissent intrinsèquement liés à la narration. À travers les dessins, le bédéphile prend toute la mesure de la violence des lieux. Le bédéiste sait du reste dessiner de jolies filles, sexy malgré leurs membres de métal.
Bien que chacun des titres soit confié à un ou des illustrateurs différents, la mise en couleur, largement réalisée par Nanjan Namberi, assure la cohérence visuelle de l’ensemble. Ses teintes, souvent faites de gris et de bleu, traduisent la froideur de la dystopie.
Un récit divertissant, qui se lit toutefois rapidement.








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