État de Washington, début du XXe siècle. Ici, à la campagne, les anciennes traditions perdurent. Les filles d’un côté, les garçons de l’autre, chacun a ses occupations propres et ça va très bien. L’endroit est petit, mais il y a quelques boutiques quand même, dont une boucherie assez réputée. Enfin, jusqu’à ce matin. Les propriétaires, Jim et Winston, n’ont pas l’air dans leur assiette, ce qui est un peu gênant quand on vend de la nourriture. Et puis, il y a ces évènements assez mystérieux qui ont l’air de s’être déroulés au bord de la rivière. Bref, une mauvaise passe ; ça ne devrait pas durer.
Paru originellement en 2014, Les amateurs est un album étrange dans lequel Conor Stechschulte propose un récit déconstruit oscillant entre horreur et banalité d’une journée comme les autres. D’un côté, des extraits d’un journal intime tenu par Annie M. Nemeth décrit quelques évènements banals et un incident particulièrement peu ragoûtant (la découverte d’un cadavre sur les berges du cours d’eau local). De l’autre, les mésaventures grand-guignolesques de garçons bouchers amnésiques contraints de servir une clientèle impatiente. Les deux fils narratifs sont-ils reliés ? Jim et Winston auraient-ils à voir avec le corps découvert par Annie ? Bien futé celui qui pourra le dire. En effet, l’auteur laisse le soin au lecteur d’imaginer ce pan de cette histoire lynchienne ou presque.
En revanche, il ne se prive pas d'insuffler une forte dose d’humour noir sanguinolent à ses planches. L’horreur (particulièrement si vous êtes sensibles à la cause animale ou à l’hygiène en général) est graphique et directe, au point d'en devenir burlesque. Tandis qu'un corps en décomposition repose au bord de l’eau, des jeunes filles en fleur batifolent. Il en ressort une atmosphère malaisante et très contrastée, où le trivial et le quotidien côtoient le pire.
Scénario ouvert, dessins un peu hésitants, mais très expressifs, Les amateurs flotte constamment entre deux eaux. Conte cruel ? Grand Guignol social ? Ou quelque chose de pire ? Une lecture qui ne laisse pas de marbre, un auteur encore en rodage, paradoxalement déjà très affûté. Une curiosité à découvrir.








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