L'égyptologue distrait (puis atteint de démence sous l'effet d'une drogue) se nomme Philémon Siclone.Abraxas76 a écrit:Pour mon "pire top 3", je dirai en tout 1er les cigares du pharaon que je trouve vraiment ininteressant ; tout d abord ce personnage dont j ai oublié le nom (phimenon ?!), sorte de savant avec son haut de forme noir et, de memoire, plutot fou et incoherent dans ses propos. On passe des sarcophages egyptiens a l inde, d une evasion d asile en sautant sur le ventre d un personnageet faire plus tard de l elephant dans la jungle... Bref, trop d incoherences pour moi et une atmosphere qui ne m'a nullement touchée.
Il faut y voir un hommage à Rudyard Kipling.Coldo3895 a écrit:Ah c'est clair qu'une des scènes que j'aime le moins dans toute la série, la plus ridicule, c'est Tintin taillant une trompette dans un arbre en pleine jungle pour discuter avec un éléphant.
Sans doute parce que tu ne connaissais pas encore "Le livre de la Jungle". Ou bien le trouvais-tu nul également ?Coldo3895 a écrit:Je sais bien que les premiers albums ne s'embarrassaient pas de réalisme mais là tout de même, même quand j'étais petit je trouvais déjà ça nul !
S'il est indéniable qu'avec "Le Lotus Bleu" un grand bond en avant est accompli sur le plan qualitatif (dessin et narration), les Cigares s'inscrit néanmoins en net progrès par rapport aux tomes précédents. Benoit Peeters rappelait que par rapport au "Congo" et à "En Amérique", les Cigares ne sont "plus un simple enchaînement de péripéties burlesques" (ce qui ne signifie pas que les péripéties burlesques sont absentes, mais qu'il y a une trame romanesque).
L'un des principaux mérites des Cigares (initialement intitulés "Les aventures de Tintin reporter en Orient") consiste justement à introduire ce fameux Lotus Bleu (initialement "Les aventures de Tintin reporter en Extrême-Orient").
Par ailleurs, dans ce seul album, Hergé nous présente un lot de personnages importants puisque récurrents dans sa comédie humaine, avec dans l'ordre d'apparition : X33 et X33 bis qui deviendront assez vite les Dupondt, Roberto Rastapopoulos, Allan Thompson et le senhor Oliveira da Figueira.
On peut s'amuser à repérer, comme dans toute l'oeuvre d'Hergé, des références aux Voyages extraordinaires de Jules Verne (ici, Le Tour du monde en 80 jours, Les Cinq cents millions de la Bégum, Les Tribulations d'un Chinois en Chine).
Une de ces références au TdM en 80 jours (la séquence avec les cobras dans la version n&b) disparaît cependant avec la version remaniée de 1955.
En revanche, la nouvelle version offre au lecteur une double référence à Jacobs (qui devient l'égyptologue Jacobini, visible en couverture) et au Mystère de la Grande Pyramide grâce au sarcophage d'un certain professeur Grossgrab (diminutif transparent du Grossgrabenstein de Jacobs dont le physique, proche de celui du professeur Bergamotte des 7 boules, s'inspirait de celui du véritable professeur Jean Capart).
Ce renvoi vers Jacobs (qui en fut flatté) et son oeuvre n'est pas anodin et va, à mon sens, au delà du simple clin d'oeil. Parce que Les Cigares s'inscrit dans un ensemble assez vaste d'albums où revient l'un des thèmes majeurs tant de l'oeuvre d'Hergé que de celle de Jacobs, celui des anciennes civilisations disparues et en particulier de la civilisation Atlante. A ce titre, il est permis de relier Les Cigares avec :
- L'Oreille cassée (le fétiche volé correspond à un objet provenant d'une civilisation préinca)
- Les 7 boules de cristal
- Le temple du Soleil (par ailleurs relié à l'Oreille cassée par la seule présence d'Alcazar)
- Vol 714 pour Sydney
- TIntin et les Picaros (pyramide en couverture, relié par ailleurs avec l'Oreille cassée par la présence de l'explorateur anglais Ridgewell)
Mais également à :
- Le rayon U
- Le mystère de la grande pyramide (tomes 1 et 2)
- L'énigme de l'Atlantide.
Sans oublier les liens avec Le Monde perdu de Conan Doyle.
Les Cigares traduisent également la fascination d'Hergé pour les Indes. On peut donc également relier cet album avec :
- Tintin aux Indes ou "Le mystère du diamant bleu" (pièce de théâtre co-écrite avec Van Melkebeke en 1941)
- Les 7 boules de cristal (fakir Ragdalam, décoré par le maharadjah d'Hambalapur et son assistante la troublante Mme Yamilah qui porte la marque du troisième oeil, propre aux Hindous).
- La Vallée des cobras, initialement "Jo, Zette au pays des maharadjahs" (celui de Gopal)
- Les bijoux de la Castafiore (évocation du mahararadhah de Gopal)
- Tintin au Tibet
- L'Alph-Art (où Mme Yamilah est devenue membre de la secte d'Endaddine Akass).
Donc, malgré tous leurs défauts, ces Cigares n'en demeurent pas moins une oeuvre "incontournable".
Je suis le premier à regretter que le jeu des références et la dose massive d'ésotérisme qui font le délice de certains initiés m'échappent largement.
Mais, plutôt que de bouder en me sentant exclu de ces délices, je serais davantage du genre à rester fasciné et intrigué plutôt que rebuté ou dégoûté par ce qui m'apparaît bizarre ou demeure hermétique dans les histoires d'Hergé.
A signaler que Moebius, aidé de Smolderen, rendra hommage aux Cigares du Pharaon, substituant son major Grubert à Tintin.
Moebius (qui était cité par Hergé, au soir de sa vie, comme l'un des dessinateurs de BD les plus importants à ses yeux) finira même par convier un Fox blanc (rappelant fortement Milou) sur cinq des couvertures de son oeuvre introspective, "Inside Moebius". Et parfois même dans le cours du récit, ce Milou moebiusien côtoyant quelques personnages fameux comme Blueberry, Arzach, Atan et Stel, le Major et Malvina, mais aussi Géronimo et Ben Laden, l'auteur jeune ou vieux, et même un certain Jean-Michel (Charlier ?) prenant l'apparence de Mickey. En voyant ce fox blanc sur les couvertures, on se demande si Moeb n'aspirait pas à devenir un sage comme Tintin (le reporter à la houppe qui, en parfait adepte du taoïsme, s'adonne au yoga et pratique la méditation en observant les choses à l'envers, dans les Picaros, après avoir déjà vécu vingt et une (ou 22) aventures initiatiques, etc...).
Page 59, dernière vignette de la planche, Moeb devant un portrait encadré du clebs se livre à cette amusante réflexion : "Je me demande ce que ce clébard vient faire dans la B.D. de mon D.B. ?..." (D.B. = désert B)


















