Gorkh a écrit:suis-je le seul à trouver le twist final de trop ?
Tu n'est pas le seul, si ma mémoire est bonne, mais je ne suis pas forcément d'accord. Ce fameux twist est beaucoup plus intéressant envisagé sur le plan thématique que scénaristique.
Plutôt qu'un ultime rebondissement forcé, je considère le lieu où l'on abandonne Pablos comme le stade terminal de son parcours, la matérialisation de son obsession. Et contrairement à toi, je trouve cela triste car l'exaucement de ses espoirs les plus fous ne lui permet pas de se réaliser, mais au contraire provoque la dissolution du personnage, ne le réduisant plus qu'à une fonction incarnant ironiquement tout ce qui l'aura opprimé le récit durant. Cette forme d'aliénation était déjà plus que suggérée dans la séquence de la mine. Sa résurgence dans l'épilogue ne laisse aucune ambiguïté sur le fond très noir et désespéré de l'histoire.
Sur la forme, cela m'a immédiatement renvoyé à un autre génialissime récit picaresque ultra-moderne, le Lord of War d'Andrew Niccol. Ce film partage avec Les Indes Fourbes cette idée d'une séquence - et même un simple plan pour Lord of War - enserrant l'intrigue, dans lequel le protagoniste brise le quatrième mur pour supplier - littéralement dans le cas de Pablos - le spectateur/lecteur de se souvenir de lui dans la plus nue des honnêtetés. Le procédé, nous obligeant à nous remémorer
in extremis l'humanité d'un personnage devenu son propre monstre, m'avait marqué à l'époque où j'ai découvert le film, du coup je l'ai trouvé très naturel lors de la lecture de l'album.
Pour la petite histoire, j'ai fait la remarque à Ayroles qui m'a dit ne pas avoir vu le film. Très déçu de cette réponse, je ne démords pas que cette similitude est pour le moins troublante.