Pour recontextualiser la seconde demi-finale, cet article aborde les différents contentieux qui existent entre les deux protagonistes :
L’Argentine vient d’éliminer la Suisse dans les prolongations et de décrocher sa place pour les demi-finales. En somme, tout s’est déroulé comme ça devait se dérouler. Qualifiée quelques heures plus tôt, l’Angleterre attendait son adversaire dans la partie gauche du tableau. Argentine-Angleterre, c’est le meilleur appariement possible. Dans les tribunes de Kansas City, les supporters argentins ont entonné leur refrain habituel : – « El que no salta es un inglés » – « Celui qui ne saute pas est anglais ». Des paroles reprises en chœur même lorsque les Anglais n’ont rien à voir. Imaginez alors l’autre soir.
Deux coups dans l’eau
Les relations entre l’Argentine et l’Angleterre dépassent le cadre strict du football. Ce n’est pas un match. C’est un roman. Et si c’est un match, il a commencé à l’aube du XIX e siècle. L’Argentine était encore une colonie espagnole lorsque l’Angleterre avait tenté, à deux reprises, en 1806 et 1807, de s’approprier l’Argentine par la force. Deux coups dans l’eau. Et si c’est un roman, c’est sur un rectangle vert que se sont produits les événements qui ont rendu ces relations épiques.
Paradoxales aussi : Mac Allister ou avant lui, le regretté « Tata » Brown, champion en 1986, ont clairement une ascendance britannique. Et les Newell’s Old Boys, le club de cœur de Lionel Messi, fut fondé par le fils d’Isaac Newell, un enseignant qui fut le premier à faire rouler un ballon rond en Argentine.
L’histoire, le jeu, c’est un balancier continu. « El Partido » d’Andrés Burgo, c’est un livre qui retrace le match de football le plus légendaire de l’histoire disputé au stade Azteca entre l’Argentine et l’Angleterre, celui de la Main de Dieu et du chef-d’œuvre d’un même homme : Diego Armando Maradona. Il raconte cette journée du 22 juin 1986 où une équipe en laquelle personne ne croyait est devenue la garde prétorienne d’un dieu.
« El Partido », c’est devenu aussi un docu-film où sport et géopolitique s’entremêlent. Inévitablement. En 1986, la guerre des Malouines, avril à juin 1982, et ses quasi mille victimes argentines, était ainsi encore toute proche pour que ce quart de finale de Mexico en fût exempt, au contraire : « Les Malouines appartiennent à l’Argentine », récitaient plusieurs panneaux dans les tribunes.
« Animals » et « Pirates »
Grand pote et associé de Sir Beckham, Lionel Messi, qui ne naîtrait qu’un an plus tard, a tenté de calmer le jeu avec une phrase qui ne saurait être plus « antimaradonienne » : « Ce n’est qu’un match de football ». Contre un adversaire qu’il n’a jamais rencontré : la seule fois que le croisement aurait été possible, en 2005 en amical, il avait dû purger un carton rouge reçu contre la Hongrie, 42 secondes seulement après ses… débuts internationaux.
Le matin de leur quart de finale dans le Missouri contre la Suisse, l’Argentine et Messi se sont réveillés avec la nouvelle de la mort, à 89 ans, d’un autre capitaine, Ubaldo Antonio Rattín. Un milieu de terrain rugueux et sec qui ne peut grandir qu’à fleur de Rio de la Plata. Un homme qui a joué un rôle tout autre que secondaire dans cette rivalité. Il en a même été l’épicentre et amené cette aversion historique sur un terrain de football.
C’était le 23 juillet 1966. Un quart de finale de Coupe du monde, à Wembley. À la 36 e minute d’un match très engagé, le capitaine de « l’Albiceleste » est, exclu, injustement selon les Argentins. À l’époque, les cartons n’existent pas encore et Rattín ne comprend pas ce que lui veut l’arbitre allemand, ou feint de ne pas le comprendre. Dix minutes d’arrêt devant son entêtement à quitter la pelouse, assis sur le tapis rouge royal avant de s’exécuter en déchirant un fanion de l’Union Jack flottant sur un piquet de corner. L’Angleterre s’imposera sur un but de Hurst contesté pour hors-jeu.
Shocking : dans la bouche d’Alf Ramsey, le sélectionneur des « Three Lions », les Argentins n’étaient que des « Animals » ; vice versa pour les Argentins, pour qui les Anglais étaient des pirates, cette dernière qualification remonte à l’expulsion militaire des Argentins des Îles Malouines par les Britanniques en 1833.
Le vestiaire et les supporters argentins ont déjà dressé le décor : « Pour les Malouines, pour Diego, pour la der de Leo, Argentina quiere verte bicampeón (veut te voir encore champion) ». ◼
Je vois les Argentins passer, l'Angleterre, ça reste très faible défensivement et un gardien médiocre comme Pickford n''améliore pas la situation.
