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Springsteen, tougher than the rest

Entretien avec Arnaud GUEURY

Propos recueillis par Laurent CIRADE Interview 01/03/2026 à 16:57 269 visiteurs

Avec une trentaine d'albums dédiés aux stars du rock, les éditions Petit à Petit sont devenues les spécialistes des biographies en bande dessinée. Un des titres les plus récents signé Arnaud Gueury revient sur le parcours de Bruce Springsteen, des débuts difficiles à la gloire, qui a fait de lui un homme tougher than the rest / plus solide que les autres. Auteur de 21 albums studio, performer increvable, il a écumé les scènes les plus variées, des clubs obscurs aux stades, pour des centaines de concerts dont certains ont marqué les esprits de ceux qui les ont vécus (210 dates en 1973 par exemple, 179 encore en 2018, excusez du peu). Personnellement, le 29 juin 1985 reste gravé à jamais dans ma mémoire...

BDGest’: Vous souvenez-vous de la première chanson de Bruce Springsteen que vous avez entendue ?

Arnaud Gueury : Oui. Je l’ai découvert avec la sortie du film Philadelphia et l’énorme raz-de-marée de la chanson sur les radios, dans les supermarchés, à la télé, partout. J’ai acheté le single tout de suite, puis il y a eu la sortie de Tracks, un coffret contenant des inédits, une forme l’intégrale des chansons qui n’étaient pas sorties sur les albums.

Donc vous avez commencé par les inédits, avant même les albums de studio ?

AG : : Pratiquement, oui. En dehors des grands tubes que tout le monde connaissait déjà – Born in the U.S.A., Born to Run – j’ai d’abord plongé dans ces versions brutes, presque à l’état d’ébauche. Il y avait par exemple Born in the U.S.A. en acoustique, ça m’a tout de suite donné une vision très large de son univers.

En France, le déclic pour le grand public, ça a été Born in the U.S.A. avec, de mémoire, une grosse campagne autour du 40e anniversaire du Débarquement.

AG : : Oui, c’est vraiment le sommet de sa popularité. À cette époque, il y avait trois vedettes : Michael Jackson, Madonna et Springsteen. C’était énorme.

Avant de vous lancer dans ce livre, vous connaissiez déjà la collection Petit à Petit consacrée aux musiciens et aux groupes de rock ?

AG : : Oui, j’en étais déjà lecteur. Le premier que j’ai lu, c’était celui sur Nirvana, puis j’ai beaucoup aimé le Pink Floyd. Je me suis dit : si on peut faire autant sur Pink Floyd, qui a sorti moins d’albums et a duré moins longtemps, alors sur Springsteen, il y a vraiment beaucoup à raconter. Ça a été le déclic pour contacter les éditions Petit à Petit.

C’est votre premier album en tant que scénariste. Travailler dans un collectif, c’est plutôt rassurant ou, à
l’inverse, stressant ?

AG : : Un peu des deux. C’est stressant parce qu’on s’adresse à de nombreux dessinateurs, (NDLR : 17 !) chacun avec sa méthode de travail. Moi, j’avais tout écrit en amont, sans savoir qui dessinerait quoi. J’avais découpé case par case, avec les dialogues et les indications de plans. Certains dessinateurs ont suivi le scénario presque tel quel, et c’est très réjouissant de voir que ce qu’on a imaginé fonctionne. D’autres se sont appropriés l’histoire, ont gardé les scènes et les dialogues mais ont redécoupé à leur manière, et c’est tout aussi plaisant.

En bonne biographie, l’album est avant tout un retour sur son parcours, ses galères, ses succès, ses failles. Une seule chanson est vraiment « adaptée » en images, c’est The River ?

AG : : Oui. Au départ, je voulais raconter l’histoire de sa sœur et de son beau-frère, puisque la chanson parle d’eux. L’idée était de faire comme pour les autres chapitres : expliquer pourquoi il a écrit cette chanson, comment sa sœur l’a vécue, etc. Avec l’éditrice, Isa Cornier, on s’est rendu compte que l’histoire de sa sœur et la chanson, c’était finalement la même chose. On a donc décidé d’adapter directement The River. Cela apportait une respiration différente dans le livre, d’autant que Springsteen n’apparaît pas dans ce chapitre. Pour des raisons de droits, on n’a gardé que les paroles les plus fortes, et la dessinatrice a fait un travail superbe.

En France, du côté de la presse, c’est justement The River qui a ouvert la porte, avant Born in the U.S.A. qui, lui, a été une révélation pour le grand public.

AG : : Oui, pour le grand public, c’est Born in the U.S.A., mais pour la presse, le double album The River est central. La chanson-titre est magnifiquement écrite, souvent citée, même par des gens qui ne connaissent pas bien Springsteen. Quand ils entendent plusieurs titres, c’est souvent celle qui les marque. 

Vous avez écrit les parties BD, Marie-Virginie Berginiat a réalisé les pages documentaires. Comment avez-vous travaillé ensemble ? En cherchant la complémentarité ? En parallèle ?

AG : : Plutôt en parallèle. Elle est intervenue une fois que tout était écrit et dessiné. Le chapitrage venait de moi, et elle voyait ensuite ce qui avait déjà été raconté pour savoir ce qu’il fallait compléter ou approfondir. Dans certains chapitres, on se focalise sur un détail, donc il restait des choses importantes à dire, qu’elle a pu développer dans les pages documentaires.

Au début, en France, Springsteen a été perçu comme un rockeur un peu « brut de décoffrage ». Vous rappelez pourtant combien sa quête en matière de son était importante chez lui, notamment pour Born to run, Darkness on the Edge of Town ou Nebraska, qui ont été des albums difficiles à « accoucher »… et parfois à vendre pour la maison de disques. Vous, avez-vous le sentiment d’avoir vécu une expérience similaire pour ce livre ?

AG : : Non, bizarrement, non. J’avais mûri ce projet pendant longtemps. J’avais déjà accumulé beaucoup de lectures : son autobiographie, le volume de la collection La Totale (éditions E/P/A) - qui est une mine d’informations, chanson par chanson, album par album - , ses concerts, son spectacle à Broadway où il raconte énormément de choses. Quand j’ai contacté les éditions Petit à Petit, j’avais en tête une bonne vingtaine, presque une trentaine de chapitres. Finalement, on m’a dit : « 17 ». Le plus dur a été de couper, de renoncer à certaines histoires.

Nebraska, enregistré en solitaire hors des studios est un chef d’œuvre à part, avec ce son volontairement
imparfait, son authenticité. Je m’attendais à retrouver ce sens de l’épure dans le dessin…

AG : : Ça a été un chapitre compliqué. J’ai contacté Damien Geffroy en lui disant que ce ne serait pas le plus facile. On venait d’apprendre qu’un film serait réalisé sur la conception de cet album (NDLR : Deliver me from nowhere, biopic signé Scott Cooper adapté du livre de Warren Zanes), donc il y avait un risque de comparaison. Damien venait de travailler sur des planches de gags pour Fluide Glacial, donc c’était l’exact opposé de ce qu’on lui demandait. Je lui ai expliqué qu’à cette période Springsteen sombrait dans une grosse dépression, mais qu’il ne fallait pas en faire quelque chose de plombant. Au final, il a proposé quelque chose de très personnel, avec plus de couleurs que prévu, et je trouve que ça
fonctionne bien. Ce n’était clairement pas le chapitre le plus simple à retranscrire, et oui, il aurait presque pu être en noir et blanc, mais c’était peut-être été trop attendu.

Le chapitre illustré par Martin Texier se distingue des autres tant sur le fond que sur la forme…

AG : : Oui, il a un style très reconnaissable, et il a déjà collaboré à plusieurs titres dans la collection, notamment celui sur Pink Floyd. Le chapitre qu’il a illustré repose sur une anecdote, pas sur un moment-clé de création ou de carrière. Mais cette petite histoire en dit beaucoup sur Springsteen : quelqu’un qui donne, sans que les gens sachent vraiment pourquoi ni comment il a été mis au courant. Dans le cas de cette femme et de sa facture d’hôpital, un mystère demeure. Le dessin légèrement décalé collait bien à cette ambiance. L’association dessinateurs/chapitres, c’est un choix de l’éditrice.

Est-ce qu’il y a une phrase dans ses chansons qui vous a particulièrement marqué ?

AG : Oui, dans Badlands (sur Darkness on the Edge of Town)

Poor man wanna be rich / Le pauvre veut être riche
Rich man wanna be king / Un homme riche veut être roi
And a king ain't satisfied / Et un roi n'est pas satisfait
'Til he rules everything / Jusqu'à ce qu'il gouverne tout

Mais cette image me fait énormément penser à l’Amérique de Trump. La chanson date de près de quarante ans (NDLR : sortie en juin 1978), et pourtant elle résonne toujours. Il y a d’autres paroles très fortes, souvent très cinématographiques.

Personnellement, dans The River, j’ai toujours été frappé par le moment où il se demande si un rêve qui ne s’est pas concrétisé est un mensonge / is a dream a lie if it don't come true.

AG : : Oui, cette phrase-là, on tenait à la mettre telle quelle dans le chapitre. Elle est vraiment remarquable. (NDLR : extraite du titre The River)

Sans en faire un martyr ou une icône, vous montrez qu’il a été frappé par pas mal de coups du sort : longue dépression, cancer du sang, décès dans son entourage, échecs sentimentaux… Ce n’est pas exactement une vie « modèle »...

AG : : Non. Sa relation avec son père, déjà, était compliquée. Son enfance avec trois générations dans la même maison sans chauffage, la relation étrange avec sa grand-mère après la mort de sa tante dont on a donné le prénom à sa petite sœur… Et plus tard, les disparitions de membres de son groupe, en particulier Clarence Clemons (saxophoniste), ont été des chocs très brutaux.

Vous évoquiez le film Deliver Me from Nowhere, biopic sur la conception de Nebraska, adoubé par Springsteen lui‑même. Avez-vous eu un retour de sa part sur le livre ?

AG : : Non, malheureusement. J’ai essayé de le contacter, j’étais prêt à lui envoyer l’album, mais je n’ai pas eu de réponse. Peut-être qu’un jour, si le livre est traduit aux États‑Unis – comme d’autres titres de la collection – cela finira par arriver. Ce serait formidable.

Sur quel(s) projet(s) travaillez-vous ?

AG : : Des choses complètement différentes. Dès le départ, j’avais d’autres envies en tête. Mais il faut bien réussir à « mettre le pied dans la porte », et pour moi, ça a été fait avec cet album. Aujourd’hui, j’ai surtout des projets de fiction, parfois de science-fiction, et aussi des récits historiques. Je discute avec certains éditeurs, notamment autour d’histoires liées au sport – pas des histoires « sur » le sport, mais sur ce qui se passe autour, socialement et humainement. Il y en a une en particulier qui arrive à un anniversaire symbolique, ce serait une belle occasion de la raconter… si le projet aboutit. Et si l’occasion de retravailler dans la collection se représente, avec d’autres groupes ou chanteurs, j’en serais très heureux. Ça a été une expérience très agréable à tous les niveaux.

Justement, s’il y avait un artiste ou un groupe pas encore traité dans la collection que vous aimeriez aborder, lequel serait-ce ?

AG : : Il y en a beaucoup. Depeche Mode, les Who… ou un groupe très haut en couleurs comme Kiss. Ce n’est pas forcément celui que je connais le mieux, mais je suis sûr qu’il y a plein de choses intéressantes à dire, et visuellement, dans une bande dessinée, leur univers serait très riche. Il existe déjà des comics sur Kiss, mais je pense que certains dessinateurs s’éclateraient à travailler sur eux. Depeche Mode ou les Who, ça reste dans mon registre naturel. Et il y a encore une belle palette d’artistes qui n’ont pas été traités.





Propos recueillis par Laurent CIRADE

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