L
e 4 mai 1897, le bazar de la Charité brûle. Des décombres fumants, plus de cent vingt corps, majoritairement des femmes et des enfants, seront extraits. Il est dit que certains survivants surent jouer de leur canne ou de leurs poings pour ne pas périr dans les flammes…
Après les très remarqués Automne en Baie de Somme et Hiver à l’Opéra, voici, en cette fin d’hiver, le troisième volet de la tétralogie de Philippe Pelaez et Alexis Chabert : Printemps à la Charité.
Un prologue, un récit en trois actes introduits par Rimbaud, Baudelaire et Hugo, pardonnez du peu, ce dernier album calque sa structure sur celle des deux précédents. Si à cela s’ajoute un texte au vocabulaire peu usité et des phrases empreintes d’une certaine poésie, voire de lyrisme, tout est fait pour maintenir ce récit dans la théâtralité ; mais ici, c’est encore un drame qui se joue.
Cette tétralogie saisonnée introspecte la Belle Époque d’une manière que n’auraient pas renié Zola, Mirbeau ou Maupassant. Toutefois, si ces enquêtes sont remplies de Georges Duroy, d’Henriette Desforges ou de Célestine, c’est à travers le regard désabusé de l’inspecteur Amaury Broyan que Philippe Pelaez tisse le fil d’un scénario à la psychologie torturée. Oubliant son chagrin pour le désespoir des paradis opiacés, le policier parisien semble destiné à poursuivre de belles assassines, quitte à assumer la part d’injustice qui leur est faites… Pour l’heure, il sera question d’une entomologiste aux cheveux blancs mais aux mœurs de veuve… noire !
Sur ce fond aussi historique que psychologique, Alexis Chabert travaille superbement ses planches en couleurs direct et pose sur celles-ci un graphisme élégant, subtil et esthétique à la fois. Aussi à l’aise dans les arabesques de l’Art Nouveau que dans de lumineux décors aux parfums impressionnistes, il dépeint avec expressivité tous ses personnages et magnifie une Blanche Dambreville comme rarement.
En cultivant les références littéraires et graphiques, les aventures saisonnières d’Amaury Broyan se révèlent être un cocktail de beauté et de noirceur des plus addictifs… Il est à regretter qu'une année ne comporte pas cinq saisons !








Avec ce troisième opus, les auteurs livrent ici, à mon avis, leur meilleur album. Si sur les deux précédents, j'avais trouvé les scénarii assez bancals, la fluidité de l'intrigue est à souligner.
Sur fond du drame de l'incendie du bazar de la charité (je ne révèle rien, c'est le titre de cette aventure), Philippe Pelaez nous a concocté une intrigue où nous retrouvons notre inspecteur Amaury Broyan, toujours aussi tourmenté, pris dans les filets d'une très belle entomologiste, ce qui nous donne de belles planches.
Le dessin d'Alexis Chabert est toujours aussi bon , et nous fait revivre le Paris de la fin du XIXème siècle où l'on retrouve des personnages célèbres comme Meliès ou Robert de Montesquiou, le dandy par excellence, ami de Proust . D'ailleurs petite remarque en passant , Robert de Montesquiou perd ou retrouve sa moustache d'une case à l'autre !
Bref un album plaisant qui nous plonge dans une ambiance particulière et illustré de façon magistrale par Alexis Charbert
Petit regret tout de même, qu'une édition "dos toilée" ne soit pas proposée pour cet album, contrairement aux deux précédents.