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n l’an 37, Rome retient son souffle : Caligula est au plus mal. À Anzio, dans le palais de son époux, Ahenobarbus, Agrippine est approchée par des courtisans inquiets de l’avenir, mais reste prudente, à raison. Remis sur pied, l’empereur cumule les excès et voit des comploteurs partout. Deux ans plus tard, la jeune femme l’apprend à ses dépens lorsque la tentative de coup d’État de son amant et beau-frère Lepidus échoue. Malgré sa déportation sur l’île aride de Pandataria, Agrippine résiste et se ménage des alliances. Elle doit être prête pour le jour où elle rentrera. Peu importe alors qui sera sur le trône ; elle fera tout pour s’en rapprocher afin que son fils puisse y monter un jour.
Second volet de la trilogie consacrée par Luca Blengino à la mère de Néron, Le théâtre des fous poursuit immédiatement les événements du Sang céleste. Quoiqu’éloignée de la cour impériale, l’héroïne n’en reste pas moins très au courant de ce qui s’y trame grâce à ses nombreux contacts et amitiés plus ou moins intéressées. Narratrice, elle raconte la dizaine d’années qui s’écoulent entre la mystérieuse maladie d’un Caligula qu’elle décrit comme fou, sanguinaire et incestueux – forçant le trait dans sa haine et biaisant le décès brutal de Drusilla - et sa propre union avec leur oncle Claude. Toujours selon une trame chronologique, le récit alterne d’abord entre les divers retournements de situation à Rome, et les échos qu’en reçoit Agrippine dans sa ville puis en exil. Surtout, il montre une femme de poigne, habile à survivre et à s’entourer, d’une volonté inébranlable et au caractère passionné ; mieux, elle sait prendre le meilleur de ceux qui la soutiennent, sans s’inquiéter de les sacrifier à ses desseins. Graphiquement, Roberto Ali et Angelo Iozza livrent une copie certes honorable, mais pas palpitante. Les artistes s’attachent à restituer le cadre antique et la composition des planches offre des perspectives variées. Cependant, il est dommage que, par moments, le rendu de certaines expressions du visage paraisse grossier ou moins réussi.
Manœuvres en sous-main, bain de sang et quelques larmes vite séchées sont au rendez-vous de ce deuxième tome, d’Agrippine, posant l’intéressée comme une reine de l'ombre sur un échiquier impitoyable, malgré quelques aspects moins convaincants que dans le volume précédent.








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