C
ôte de l’Alaska, début des années 2000. Étudiante à l’université d’Anchorage, Hannah Moore s’intéresse aux mammouths. Si elle a choisi les environs de Long Cross comme terrain de prospection, c’est aussi et surtout parce que c’est la zone où sa mère a mystérieusement disparu, il y a vingt-cinq ans. Logée par Dorothy, une acariâtre matrone et gardienne du lieu, la paléontologue se met rapidement en action. Elle est rejointe par Kyle, un homme à tout faire local, engagé par son institution pour l’assister. Les recherches avancent bon train et de nombreux ossements de proboscidiens sont exhumés, un squelette humain aussi. Cette macabre et inattendue découverte va bouleverser les choses. La police est évidemment appelée. Cependant, l’annonce de l’arrivée prochaine des autorités crispe passablement tant Dorothy que Kyle. Dans cette région isolée, tout le monde préfère régler les problèmes à sa manière et sans témoin de préférence…
Polar, thriller vaguement psychologique, récit initiatique, voire survival ou huis clos en plein air, Philippe Charlot a mis un peu de tout dans Alaska. De plus, le fait que le scénario se déroule au sein d’un des derniers environnements vraiment sauvages de la planète apporte un supplément de piquant. Ce cadre posé, le scénariste a imaginé une petite brochette de caractères cohérents, à la limite des stéréotypes attendus : une jeune femme en quête de vérité et des protagonistes à la moralité discutable. Ajoutez un drame passé, plusieurs fêlures humaines et vous obtenez un ouvrage tendu et plein de rebondissements. Le programme est globalement tenu, malgré quelques incohérences géographiques ou géologiques ici et là.
Trait réaliste classique, dans la lignée et l’esprit de William Vance ou Taduc, TieKo rend une copie solide où tout est bien en place. La mise en scène est à l’unisson, ainsi que les couleurs de Tanja Wenisch. Toutefois, l’ensemble manque un peu de souffle épique et peine à retranscrire le sentiment d’immensité habituellement associé avec The Last Frontier. La raison vient certainement du découpage très (trop ?) centré sur les personnages.
Au final, même si les différents fils narratifs sont bouclés, une impression de flou demeure en renfermant Alaska. Trop de thématiques à la fois, des enjeux parfois mal définis ou pas exploitées dans leur entièreté, l’album ne démérite pas et offre un bon moment de lecture assurément dépaysante. Par contre, impossible de ne pas penser qu’il aurait pu être plus profond et plus grand, à l’image du 49e État de l’Union.

















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