
J'ai un peu hésité à placer cet album dans les sympas ou dans les excellents. Il y a beaucoup de très bonnes choses, certaines excellentes et assez peu de mauvaises ; mais je trouve que la première partie de l'aventure, si elle est agréable à lire et souvent très drôle, manque un peu de piquant et d'une ambiance propre (que l'on retrouve dans la dernière partie). Or, elle occupe quand même les deux tiers de l'album ; va donc pour les sympas mais pas géniaux.
Tintin se promène à la campagne quand il aperçoit un avion en panne. Sa proposition spontanée d'aide est bien mal reçue puisque l'un des deux aviateurs lui tire immédiatement dessus. Heureusement, la blessure n'est pas très grave et, dès le lendemain, il peut quitter l'hôpital et partir à la recherche des bandits qui vont se révéler faire partie d'une bande de faux-monnayeurs.
On va donc assister à une suite de péripéties, de recherches, d'évasions et de luttes contre les bandits, menés notamment par Wronzoff et le docteur Müller - les méchants sont très bons dans cet album. Ca un peu trop tendance à se répéter et à reprendre des situations d'albums précédents (les Dupondt sont, comme dans Les cigares du pharaon et Le lotus bleu, à la poursuite de Tintin qu'ils soupçonnent d'avoir commis un délit). L'humour, notamment, est efficace mais un peu trop répétitif. Il n'y a pas d'humour noir mais du burlesque - qui m'a d'ailleurs souvent fait rire, notamment avec Milou : les gags filés sur plusieurs cases, voire plusieurs pages, avec le whisky ou l'os étaient excellents.

On adonc du burlesque et parfois même du cartoonesque : le passage avec le déguisement de Tintin m'a fait penser aux dessins animés Warner. Mais à force, ça finit par lasser et certains passages cassent un peu le rythme de l'histoire pour pas grand chose (les pompiers, les pitreries des Dupondt dans l'avion).
D'ailleurs, Milou est d'assez loin le meilleur personnage de l'album. Il a les meilleurs gags et se montre à la fois plein de défauts (alcoolisme, gourmandise) et de qualités (courage,intelligence). Il se montre utile à l'action et fait avancer l'intrigue à plusieurs reprises. Il sauve fréquemment Tintin mais le gêne aussi parfois, ce qui fait qu'il se fait fréquemment enguirlander :

Et c'est encore plus vrai dans la dernière partie de l'album, qui se déroule en Ecosse puis sur l'île noire qui lui donne son titre. Cette partie est excellente (s'il n'y avait qu'elle, j'aurais mis ma critique dans le sujet sur les albums préférés) : Tintin est en kilt (on ne saura pas s'il porte quelque chose dessous), on a quelques personnages locaux pas inoubliables mais bien typés et le mystère sur l'île rappelle le monstre du loch Ness (même si c'est un autre type de monstre), ce qui donne vraiment l'impression d'être en Ecosse.
Une fois arrivés sur l'île, l'action s'enchaîne ; il y a certes quelques répétitions (capture-évasio-utilisation du gorille) mais le rythme est assez rapide et la tension assez prenante pour que cela passe tout seul. Milou joue encore une fois un rôle déterminant face à Ranko, ce qui crée aussi des moments amusants avec la petite bête qui fait peur à la grosse (on avait déjà ça dans les soviets mais c'est beaucoup mieux fait ici) :

Au final, même s'il aurait pu être meilleur avec une première partie plus rapide et un humour plus varié, c'est une bonne lecture, et qui devient excellente sur la fin.
Edit : ha, et le petit détail rigolo que je n'avais pas relevé : quand Tintin prend le (premier) train, le trajet indiqué est Cologne-Bruxelles-Londres. Il prenait le tunnel sous la Manche ?