
Frank Pé était un auteur rare, unique et exceptionnel, et dont l’avenir résonnait comme autant de promesses avant que le sort et la maladie n’en décident autrement.
Frank Pé était vraiment l'un de mes auteurs favoris.
Pas uniquement pour la beauté de ses albums et de ses illustrations.
Pas uniquement pour les thématiques écologiques qu’il véhiculait.
Pas uniquement pour son talent à dessiner des compositions animalières incroyables.
Frank Pé m’a procuré des émotions et des bonheurs de lecture que je n’avais jamais connus auparavant.
Certaines de ses œuvres m'ont vraiment touché, à commencer par Broussaille…

Broussaille, cet éternel adolescent dans lequel je me projetais totalement. Je me reconnaissais dans ce personnage qui me parlait tant, un adolescent rêveur, amoureux de la nature, qui s'éveille dans tous les sens du terme.
La nuit du chat, c’est l’album que je peux relire autant de fois dans une vie sans jamais m’en lasser, sans jamais ne cesser de m’émerveiller. Une quête d'un compagnon félin qui débouche sur une quête intérieure, introspective, et qui se conclut sur éveil émotionnel incroyable.
Ce sentiment, ces sensations, je les avais déjà ressenties à la lecture des baleines publiques qui est lui aussi un album incroyable. Déjà, des compositions architecturales enchanteresses qui deviendront l’une de ses marques de fabrique. Frank Pé s’est révélé un architecte de bande dessinée hors-pair. L’art nouveau esquissé dans ses premières compositions va ensuite exploser dans ses œuvres ultérieures. Je pense bien entendu à Zoo, mais aussi plus récemment et de manière plus subtile dans La bête, sa vision du Marsupilami. Et comment ne pas citer le zooïsme, ce courant artistique qu’il a lui-même inventé pour les besoins de son Spirou. Après l’art nouveau puis l’art déco, le zooïsme !
Quoiqu’il en soit, ses compositions architecturales, la sensualité de ses formes végétales sont pour moi autant d’invitations vers un imaginaire qui me parle, qui résonne en moi. Des invitations qui se mêlent au songe, à la rêverie, mais aussi à des références littéraires dans lesquelles tout fait sens.

Un faune sur l’épaule est un album plus cryptique, qui me fut plus ardu à aborder, à appréhender, mais que j’ai appris à lire et à relire avec mon émotionnel et qui a dès lors resplendi dans toutes ses dimensions. Je crois que c’est cela, ma façon de lire une planche ou même une illustration de Frank Pé. Je ne la visualise plus uniquement avec mes yeux, je ne suis plus un lecteur qui parcours des images et lis des textes, je ressens. Rares sont les auteurs que j’ai pu apprécier à ce point, qui m’ont procuré un effet de lecture qui n’est pas simplement un plaisir, mais qui me font vivre des émotions.
J’aurais pu longuement aussi parler de ses illustrations naturalistes, de sa façon d’aborder la couleur, de la composition de ses planches, d’une résonnance extrême de toute son œuvre avec la nature sans que cela ne soit jamais moralisateur, mais au contraire toujours sur un versant optimiste, avec son regard éveillé et pétillant.

Ces quelques mots sont simplement là pour exprimer mon ressenti sur l’ensemble de son travail, de la part d'un lecteur qui appréciait véritablement son talent ou plus exactement, un lecteur qui se sentait en totale résonance avec son œuvre.
J'avais toujours gardé espoir dans un recoin de ma tête, de savourer un jour un nouvel album de Broussaille.J'ai eu le bonheur de le rencontrer et de discuter avec lui à quelques reprises, c'était à chaque fois un vrai plaisir.
Frank Pé était talentueux, chaleureux, sympathique.
Au revoir, Frank, et merci
Merci pour tout
















