« De retour sur la colline proche de Cahuachi, je décidais de suivre l’une des lignes droites qui sillonnaient le désert. » Cette droite, dessinée au milieu de nulle part, Maria Reiche l’a finalement suivie pendant plus de 60 ans, ainsi que bien d’autres. Ce faisant, son destin se confond à jamais avec ces formes tracées par d’autres, il y a plus de 1 500 ans…
Donner la mesure d’une vie (et d’une personnalité) hors norme n’est pas aisé, et c’est là que réside le principal défi — et peut-être la limite — de l’album signé par Nicolas Delestret. Raconter l’histoire de l'archéologue germanique, c’est une chose ; en transmettre la singularité en est une autre. Aussi, si l’auteur coche scrupuleusement toutes les cases d'une bonne biographie dessinée, il n’arrive pas à vraiment rendre compte des tensions psychologiques, voire spirituelles, qui étreignent son héroïne. Parfaitement lisible et correctement structuré, cet album manque toutefois de l’étincelle, de la profondeur capable de traduire l’immensité des espaces désertiques et la dévotion d’une vie consacrée à percer les secrets de Nazca. Certes, la jeune Allemande y est dépeinte comme une passionnée, mais pas comme la passionaria qu’elle fut, balayant méticuleusement des kilomètres de géoglyphes sous un soleil de plomb, avec une humilité et une détermination à la démesure de sa tâche.
De même, la nature intrinsèque du trait, semi-réaliste, comme sa mise en couleur, des plus soignées, rendent compte de l’histoire mais sans la transfigurer ; ils illustrent, mais ne transcendent pas. La destinée de Maria Reiche, aussi exceptionnelle que les figures qu’elle a étudiées, méritait peut-être une approche graphique plus audacieuse, à même de capturer l’essence de son engagement — entre science et abnégation absolue.
Quoi qu’il en soit, Lady Nazca demeure d’une lecture agréable et didactique… ce qui est déjà beaucoup pour un biopic... dessiné !







J'ai beaucoup apprécié cette bande dessinée qui raconte l'histoire d'une jeune femme, enseignante en mathématiques, ayant fui le nazisme dans son pays natal pour se retrouver à Cuzco puis à Lima, au Pérou. Maria va rencontrer Paul d’Harcourt, un archéologue français, qui l’emmène dans le désert de Nazca. Là, elle découvre un vestige millénaire qui va peu à peu devenir le combat de sa vie. Il s'agit en réalité d'une histoire vraie, inspirée de la vie de l'archéologue Maria Reiche.
Maria Reiche a arpenté le désert, balayant des kilomètres de sable. Pendant des siècles, les hommes ont traversé ce désert sans percevoir la mystérieuse complexité des figures tracées dans le sol. Elle a voulu en comprendre la signification, en s'intéressant à ces formes attribuées à une civilisation pré-inca. Ses découvertes ont permis la réhabilitation d’une civilisation autochtone, effacée depuis la conquête espagnole. En réalité, ces lignes constituaient une sorte d’observatoire astronomique très élaboré.
J'ai particulièrement apprécié la manière dont la BD tourne en ridicule la fameuse théorie selon laquelle ces lignes seraient des pistes pour des vaisseaux extraterrestres. En effet, ces civilisations possédaient une technologie suffisamment avancée pour voyager dans l’espace, et n’auraient sans doute pas eu besoin de pistes d’atterrissage !
Maria ne se contente pas de défendre un patrimoine exceptionnel, elle se dresse également contre un système politique qui ignore la valeur de ce qu’elle protège. L’importance de la culture péruvienne est ainsi soulignée à travers ce combat.
La BD parvient à mettre en valeur de magnifiques paysages grâce à un dessin moderne, fluide, et d’une exécution impeccable. Elle offre un véritable moment de poésie autour de la découverte et de la préservation des lignes de Nazca.
Au final, c’est surtout le cheminement de cette femme qui force l’admiration. Elle trouve sa voie et mène un combat noble et passionné. Après cette lecture, on regardera les lignes de Nazca avec un regard renouvelé, empreint de respect et d’émerveillement !