Herman Van Holsbeeck a quand même réussi à s'imposer comme le digne héritier de Didier Reynders du foot.
Herman Van Holsbeeck a échangé des billets de 500 euros pendant des années aux bornes automatiques de Delhaize et dans les stations de lavage auto.
Herman Van Holsbeeck comparaîtra jeudi et vendredi prochains devant le tribunal correctionnel de Bruxelles dans le dossier de la vente du RSC Anderlecht à Marc Coucke. L’ancien manager général des Mauves est soupçonné d’avoir participé à plusieurs montages ayant permis à certains intermédiaires de percevoir d’importantes commissions lors de transferts.
Mais ce procès n’est qu’un volet supplémentaire d’un dossier judiciaire qui poursuit depuis plusieurs années celui qui fut longtemps l’un des hommes forts du football belge. Dans le cadre de la vaste enquête sur la fraude dans le football belge, les enquêteurs ont découvert chez Herman Van Holsbeeck un coffre-fort contenant plus de 200.000 euros en liquide, des cadeaux de luxe offerts par des agents et plusieurs éléments troublants liés à certains transferts réalisés durant ses années anderlechtoises. Lui continue toutefois à nier avoir perçu des commissions illégales et affirme que l’argent retrouvé provenait essentiellement d’enveloppes remises par Constant et Roger Vanden Stock.
Le 28 décembre 2018, les enquêteurs ouvrent le coffre-fort n°560 de Van Holsbeeck à la BNP Paribas Fortis de Rhode-Saint-Genèse. À l’intérieur, ils découvrent 21 enveloppes épaisses remplies de billets. Au total, exactement 201.250 euros en liquide. Près de 3.000 billets de 50 euros y sont stockés.
Depuis le début de l’enquête, Van Holsbeeck affirme que cet argent lui a été remis par Constant puis Roger Vanden Stock, les deux anciens présidents du Sporting d’Anderlecht. « Lorsque j’étais encore employé, entre 2003 et 2010, je recevais plusieurs fois par an une petite enveloppe des Vanden Stock », a-t-il expliqué aux enquêteurs.
Selon lui, ces enveloppes contenaient généralement entre 35.000 et 60.000 euros, toujours en billets de 500 euros. « Ce n’était pas l’argent d’Anderlecht, mais celui de la famille Vanden Stock », insiste-t-il. L’ancien directeur sportif des Mauves affirme que ces primes arrivaient souvent lors des périodes de fêtes, après un titre de champion ou une qualification pour la Ligue des champions.
Les billets de 500 euros retirés de la circulation
Van Holsbeeck assure que ce système a pris fin en 2010, lorsqu’il a quitté son statut de salarié pour travailler via sa société privée. Mais plusieurs éléments ont rapidement éveillé les soupçons des enquêteurs. Les policiers se sont notamment intéressés à l’étrange manière dont le couple Van Holsbeeck échangeait les billets de 500 euros lorsque la Banque centrale européenne a annoncé leur retrait progressif de la circulation afin de compliquer les circuits criminels.
Son épouse a confirmé, durant son audition, que son mari craignait que ces billets ne puissent plus être utilisés. Le couple se rendait donc régulièrement au coffre-fort afin de récupérer des enveloppes contenant les grosses coupures. L’argent était ensuite ramené à la maison avant d’être progressivement échangé contre des billets de plus petite valeur.
Comment ? Principalement via les caisses automatiques du Delhaize d’Alsemberg. Van Holsbeeck a reconnu qu’il achetait « un petit quelque chose » trois à quatre fois par semaine et payait systématiquement avec des billets de 500 euros. « Nous avons fait cela pendant des années, de 2014 à 2017, jusqu’à ce que tous les billets de 500 euros soient échangés », a-t-il déclaré.
Même scénario dans une station de lavage automobile à Anderlecht. Chaque semaine, il y faisait laver sa voiture et celle de son épouse pour une dizaine d’euros, tout en réglant la facture avec un billet de 500 euros. « Je donnais un pourboire au personnel qui acceptait de payer avec un billet aussi important », a-t-il expliqué. Au car-wash, le personnel a confirmé cette habitude, précisant que l’intéressé laissait généralement arrondir le prix du lavage à 20 euros.
Selon son épouse, l’échange progressif des billets avait fini par prendre tellement de place qu’un premier coffre-fort n’était plus suffisant. Le couple en avait alors loué un deuxième, plus grand.
Des cadeaux d’affaires
La découverte du contenu du coffre-fort intervient un mois et demi après les grandes perquisitions menées dans le football belge. Villas de joueurs, domiciles d’agents, bureaux de dirigeants : les enquêteurs multiplient les descentes dans le cadre du dossier de fraude. Un nom revient constamment : celui de Dejan Veljkovic. L’agent serbe devient rapidement la figure centrale de l’enquête. Il conclut un accord avec le parquet fédéral, accepte de collaborer et échappe ainsi à un procès public ainsi qu’à une peine de prison.
Durant ses auditions, Veljkovic revient longuement sur sa collaboration avec Herman Van Holsbeeck. Les deux hommes ont notamment travaillé ensemble lors du transfert de Milan Jovanovic de Liverpool vers Anderlecht. Bien que le joueur soit encore sous contrat à Anfield, l’agent était parvenu à le faire venir gratuitement au Sporting. En échange, Veljkovic avait touché une commission de près d’un million d’euros.
Selon les aveux du Serbe, plusieurs transferts réalisés avec Van Holsbeeck auraient donné lieu à des commissions illégales. Pour le dossier Jovanovic, il affirme avoir remis deux enveloppes contenant chacune 25.000 euros à l’ancien dirigeant anderlechtois. Pour le transfert de Dalibor Veselinovic, il évoque encore une enveloppe de 35.000 euros.
Des chemises à 16.000 euros
Van Holsbeeck nie catégoriquement avoir accepté de l’argent liquide. « Il a essayé de m’amadouer avec son argent, mais j’ai catégoriquement refusé », assure-t-il. L’ancien manager reconnaît toutefois avoir accepté certains cadeaux d’affaires. « Dans son milieu culturel, il était apparemment d’usage d’offrir des cadeaux. Je ne voulais pas l’offenser », explique-t-il.
Les enquêteurs découvrent notamment qu’il a reçu 19 chemises sur mesure chez Zegna, à Anvers, toutes brodées à ses initiales. Montant de la facture : 16.000 euros, payés par Veljkovic. « C’était pour le transfert d’Obradovic », affirme l’agent serbe. Van Holsbeeck dit avoir été surpris par la somme. « Veljkovic trouvait simplement que je ne m’habillais pas assez élégamment », répond-il.
Le dossier devient encore plus sensible avec les montres de luxe offertes à l’ancien manager des Mauves. Selon l’enquête, Veljkovic lui aurait offert une Rolex d’une valeur d’environ 30.000 euros lors du transfert de Sofiane Hanni à Anderlecht. Son épouse aurait également reçu une montre.
Van Holsbeeck reconnaît avoir accepté ces cadeaux. « C’était un cadeau d’adieu pour me remercier de nos années de collaboration », explique-t-il aux enquêteurs. Lors des premières perquisitions, il avait pourtant affirmé que sa Rolex avait été volée au Nigeria. Les policiers découvriront finalement la montre dans une résidence secondaire en Espagne.
« Bonsoir Mogi, je viens d’ouvrir mon cadeau… »
Les enquêteurs retrouvent également chez lui un certificat d’achat Rolex provenant de la Bijouterie Michel de Charleroi, une enseigne fréquemment utilisée par la famille Bayat pour l’achat de montres de luxe. Interrogé sur ce document, Van Holsbeeck nie d’abord avoir reçu une montre de Mogi Bayat, autre agent influent du football belge. Pourtant, les enquêteurs retrouvent un message WhatsApp envoyé le 22 novembre 2017 depuis le téléphone de Van Holsbeeck à Bayat : « Bonsoir Mogi, je viens d’ouvrir mon cadeau. La montre est magnifique. Merci beaucoup, du fond du cœur. »
Malgré ce message, Van Holsbeeck continuera à nier durant six auditions. Ce n’est qu’après trois années d’enquête qu’il finira par reconnaître avoir bien reçu une Rolex de Bayat. Selon lui, il aurait perdu cette montre en Afrique. Elle n’a jamais été déclarée volée.
Van Holsbeeck a toutefois insisté auprès des enquêteurs sur le fait qu’Anderlecht n’avait jamais subi le moindre préjudice en raison de ces cadeaux. « Je ne suis pas parfait », a-t-il reconnu.
Les enquêteurs restent néanmoins convaincus qu’une partie importante de l’argent retrouvé dans le coffre-fort provient de commissions occultes liées à des transferts. Ils s’appuient notamment sur certaines incohérences relevées dans les déclarations de Van Holsbeeck.
Initialement, celui-ci affirmait n’avoir reçu que des billets de 500 euros des Vanden Stock. Par la suite, il a expliqué avoir également reçu des billets de 200 euros. Ce changement de version intervient après que les enquêteurs lui eurent présenté 17 billets de 200 euros retrouvés dans le coffre, dont les numéros de série débutaient tous par les mêmes neuf chiffres.
Roger Vanden Stock ne veut pas de confrontation
Les recherches des policiers ont montré que ces billets avaient été imprimés à Berlin en 2012, soit deux ans après la date à laquelle Van Holsbeeck prétend avoir reçu sa dernière enveloppe de la famille Vanden Stock. Roger Vanden Stock affirme d’ailleurs que la dernière enveloppe remise à Van Holsbeeck remonte à 2008.
Durant toute l’enquête, l’ancien dirigeant anderlechtois a tenté d’obtenir une nouvelle audition de Roger Vanden Stock afin que celui-ci confirme sa version. Mais l’ancien président du Sporting ne s’est jamais présenté devant les enquêteurs, invoquant des raisons de santé. Son avocat, Laurent Kennes, a rappelé que son client faisait usage de son droit au silence.
Le tribunal a finalement refusé de nouvelles investigations complémentaires, estimant qu’elles risquaient de prolonger inutilement une enquête déjà très longue.
L’avocat de Van Holsbeeck, Alexandre Wilmotte, continue de contester les conclusions des enquêteurs. « Mon client conteste formellement que ces sommes proviennent de commissions illégales », insiste-t-il. « Nous disposons de documents et de pièces justificatives. »
Le parquet fédéral a toutefois clairement indiqué son intention de renvoyer Herman Van Holsbeeck devant la justice dans le cadre de la vaste affaire de fraude qui secoue le football belge. Entre-temps, plusieurs autres dirigeants, agents, entraîneurs ou joueurs ont conclu des transactions pénales afin d’éviter un procès. Jeudi et vendredi prochains, Van Holsbeeck comparaîtra également dans le dossier de la vente du RSC Anderlecht à Marc Coucke. L’ancien dirigeant a reconnu avoir antidaté un contrat concernant Leander Dendoncker afin de permettre à l’agent Christophe Henrotay de percevoir une commission estimée à au moins deux millions d’euros.