L
a soirée bat son plein au Mysterium Club et Ancolie noie sa dépression dans l’alcool. À vingt-sept ans affichés – mais presque trois siècles en réalité -, la « jeune » sorcière glande toute la journée et cherche désespérément à oublier son ex – un vampire – ou à le reconquérir. De beuveries en coucheries, elle étale son blues, vomissant tout ce qui pourrait ensoleiller son quotidien, quitte à soûler gravement Michel, son crapaud domestique, ou ses amies - du moins celles qui lui restent. Entre une party chez Draculec et un trip sous champis chez les elfes, c’est çà d’avoir la longévité crasse et mélancolique. Jusqu’au moment où l’alarme s’enclenche, sans préavis.
Puissante, effrayante, fascinante, voire un brin dégoûtante, et parfois marrante, la sorcière est une figure familière que les médias exploitent généreusement depuis longtemps, sous toutes les coutures possibles et imaginables. Dans Ancolie, point de figure gothique fatale, d’être maléfique, de druidesse érudite ou autre potionniste accomplie, non, rien qu’une héroïne dépressive et perdue, engluée dans ses problématiques de cœur et atteinte d’une paresse inégalée. Elle n’a envie de rien, ne se donne guère les moyens de changer de vie, déblatère sur tout, au point de hérisser. Salomé Lahoche (Ernestine, Amours) ne l’a pas loupée et en a fait la représentante des certain·e·s jeunes adultes en porte-à-faux avec la société actuelle.
Les symptômes sont là, reconnaissables, et nécessitent une quête initiatique pour amener le personnage principal à sortir de son gouffre. Au passage, et de manière provocante, l'autrice met de l'avant des travers sociétaux ou modes actuelles, ce qui lui permet d'aborder divers sujets : amours, différences, épanouissement personnel, écologie, solidarité féminine (venant sauver la mise !), etc., mais aussi sexe, binge drinking et drogues. Le tout prend place sur un fond trash et fantastique, saupoudré d'humour. Cependant, le récit paraît poussif, parfois décousu et il faut attendre le dernier tiers pour que les événements s’enchainent et offrent un véritable enjeu. Quant au dénouement, il reste dans la veine voulue par la bédéiste, entre rêve et cauchemar. Enfin, le style graphique est à l'avenant, avec un dessin à la plume que complètent des couleurs en aplats. Souvent envahies par les phylactères, les planches sont généralement fournies et reflètent plutôt bien d'abord le désordre de l'existence de la protagoniste, puis son passage par une phase plus dépouillée et solitaire.
Assez fouillis, Ancolie laisse une impression mitigée.









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