de lobo » 05/05/2026 15:21
I Delfini (Francesco Maselli, 1960)
I Delfini, les dauphins, comme en France, le fils de roi, promis à être roi. En Italie, l’aristocratie, me semble-t-il, a toujours fait du business, à la différence de la France, l’Angleterre ou l’Espagne. Ici on va voir ses paysans (comme dans toute aristocratie) mais aussi ses ouvriers (Anselmo s’adressant à Marina sur un ton acerbe : « tu es allée voir tes paysans et tes ouvriers »). Du coup pour faire partie des Delfini, il faut des ancêtres ET de l’argent. Cherè, comtesse dont les ancêtres ont fondé la ville, qui n’a plus d’argent, est abandonnée par tous en quelques minutes (scène terrible qui finit par un suicide au moins symbolique). Ridolfi, qui n’a que l’argent, est hors-caste, hors-société, comme un usurier juif. Tous le méprisent.
C’est une jeunesse dorée de province, différente de celle, romaine, de la Dolce Vita de Fellini, plus brillante, mais la province n’a pas tout à fait le même sens en Italie qu’en France où la domination symbolique de Rome, qui existe bien, n’a rien à voir avec celle de Paris. Ancône (c’est le principal lieu de tournage, il me semble, avec Ascoli Piceno) est une ville avec un passé et une identité prestigieux. Les élites locales y ont un certain lustre. La ville, très belle, est d’ailleurs peut-être le personnage principal du film. C’est la ville par quoi le film commence. C’est elle qui va remettre tout le monde au pas.
Dans la jeunesse dorée de cette ville, deux représentants de milieu populaire, vont de manière contingente, être invités, tous les deux ayant pour eux leur beauté, l’un médecin, qui va attirer la comtesse Cherè, l’autre, Claudia Cardinale, qui va attirer le fils à papa des fils à papa locaux, Alberto de Matteis qui, de toute façon, saute sur tout ce qui bouge. Et puis, il y a ceux qui veulent s’échapper de cette condition, comme Anselmo, le narrateur, qui a des velléités d’écrivain.
Des amours éclosent : Cherè pour le médecin, Fedora (CC) pour le médecin puis pour le bel Alberto, Alberto pour sa Ferrari plus que pour Fedora, Elsa, promise à Guglielmo, qu’elle méprise, éprouve de l’amour pour son frère, un temps rebelle, Ridolfi pour Elsa, Anselmo pour Marina. Mais la ville finira par remettre au pas tous ceux qui veulent lui échapper ou échapper à leur condition via l’amour, notamment Anselmo. Seule Fedora parviendra à franchir le mur de séparation entre classes. Mais au prix terrible de son propre amour. Entre son amour véritable pour le médecin et l’ascension sociale via le mariage imposé à Alberto, elle choisira l’ascension sociale (c’est d’ailleurs curieux que la pression sociale, ici, oblige le fils de famille à épouser la fille du peuple enceinte de ses œuvres, effet de la prégnance du catholicisme ?). Bref la fin est bien amère où l’on voit les conventions sociales triompher des désirs de liberté et d’indépendance des uns et des autres. On se rappelle que Moravia fait partie des scénaristes.
Un beau film au total et une belle chronique italienne.
14/20