de Loup Solitaire » 08/06/2026 19:33
Le Grand Chantage (Sweet Smell of Success) est fait partir de l’œuvre américaine d’Alexander MacKendrick, cinéaste à la courte (9 films) mais intéressante filmographie.
Il avait brillé à la Ealing dans la registre de la comédie : Whisky à go-go, Tueurs de Dames et surtout L’Homme au Complet Blanc, que je considère comme un des grands films du cinéma britannique tous genres confondus.
Sweet Smell of success bénéficie de nombreux talents : produit par la société de production de Burt Lancaster, la Hecht Hill Lancaster, scénario d’Ernst Lehman, dialogues de Clifford Odets, photo N&B d’un des tous meilleurs chefs op’ de la période (James Wong Howe), musique d’Elmer Bernstein...
Devant la caméra, On retrouve Lancaster lui-même dans le rôle de Hundecker, un columnist (éditorialiste, polémiste ?) qui règne sur la presse new yorkaise et dont les mots, tels un monarque, peuvent faire et défaire les vies. A ses côtés, ou plutôt à côté, son allié/supplétif/wannabe columnist, Tony Curtis.
A leurs côtés, un couple de jeunes premiers, malheureusement assez fades (c’est aussi le rôle qui veut ça, dans une certaine mesure). Les deux jeunes gens sont amoureux l’un de l’autre, lui est guitariste de jazz, elle a la malchance d’être la sœur de Hunsecker.
Les deux vont intriguer pour séparer les amants, et pour ça tous les moyens sont bons.
Difficile de dire qui de Lancaster ou de Curtis est le plus détestable dans l’affaire, entre le premier, mégalomane vaguement incestueux qui regarde sa jeune sœur dormir, tout en ayant une photo d’elle sur son bureau, à la manière d’un mari qui contemple sa jeune épouse, ou de Curtis, qui ne recule devant rien pour accomplir les volontés de son roi.
L’essentiel du film se passe de nuit, et on suit surtout le personnage de Curtis, qui a un côté un peu minable (un rôle que l’acteur insistera pour tenir, lui qui était plutôt alors le jeune premier héroïque du moment), à l’image du personnage de Widmark dans le Night & the City de Jules Dassin, qui se rêve plus grand qu’il n’est.
Mais Curtis, au-delà de la réussite matérielle et pécuniaire, veut le pouvoir. Là où Widmark était un combinard vaguement attachant, lui se montre odieux, avec les femmes notamment (sa secrétaire, sa maîtresse, la sœur de Lancaster), fait courir des rumeurs sur le jeune guitariste pour le discréditer, le tout sans se départir d’un petit air goguenard, provocateur, absolument détestable dont on rêve qu’il se fasse casser la figure à un moment ou à un autre.
Quelques dialogues me semblent être un peu too much, et le jeune couple n’est pas tout à fait à la hauteur des deux vedettes, mais Sweet Smell of Success est un très bon film noir, avec un curieux quasi happy end.
Ma note : 15/20
Dernière édition par Loup Solitaire le 08/06/2026 20:11, édité 1 fois.
« Better a life like a falling star, brief and bright across the dark, than the long, long waiting of the immortals, loveless and cheerlessly wise. » - The Broken Sword
La vie est trop courte pour laisser les médiocres s'épanouir [Anita Bomba]