mdata a écrit:Justement, tout est dans le "s'inspire" : une image "réalisée" par IA, c'est du même registre qu'une personne qui décalque un dessin.
Pourtant, depuis quelques années, la technologie n'a pas arrêté d'être utilisée par les dessinateurs de BD :
- les peintres se sont toujours inspirés des décors ou personnages réels (un auteur de BD est capable de se représenter ce décor ou ce personnage en 3D et de tourner autour mentalement)
- peintres qui n'ont plus eu besoin de fabriquer eux-mêmes leurs pigments
- les photos ont été de vraies sources d'infos pour les BD réalistes (et là aussi, un dessinateur de BD peut tout à fait reconstruire une ruine, ou reconstituer une ville historique)
- photos recopiées à la main, puis décalquées, puis photocopiées, puis scannées, puis réutilisées après traitement informatique
- Google Street est parfait pour se situer dans une scène existante (pour peu qu'elle soit sur une route ou une rue)
- les appareils photo devenus numériques, on ne craignait plus de faire autant de clichés que nécessaire pour représenter au mieux des poses humaines (exit le mannequin de bois). On n'est plus très loin des romans-photos...
- la 3D est devenue une immense source de composition de décors, à l'image des dessins animés. Pourquoi s'embêter avec des règles compliquées de perspectives quand on peut en avoir une structure impeccable sur laquelle s'appuyer, n'est-ce pas ?
- la colorisation était confiée à des spécialistes, avant l'offset, puis composée sur des "bleus", avec parfois utilisation de l'aérographe, puis peinte directement sur la planche (ou une copie) et scannée par l'éditeur, puis informatisée avec Photoshop, la seule difficulté étant de produire des à-plats, on peut représenter très facilement des feuillages complexes par peinture de motifs, l'ambiance totale d'une scène peut être changée d'un coup de curseur.
- la réutilisation d'une même case avec des bulles différentes ou un léger changement d'expression est même devenue la marque de fabrique de certains auteurs
Bref, où voyez-vous que la technologie a toujours été absente de la création de BD "industrielles" (400 à 1000 cases devant être produites en un an).
L'IA serait un immense bond en avant, aidée par l'humain pour tout ce qui concerne la partie artistique, mise en page, narration, lisibilité, expressivité... mais elle ne représente à mes yeux qu'une étape de plus de la "mécanisation" continue de cet art.
Et, pour l'instant, effectivement, elle s'inspire fortement des styles graphiques les plus diffusés (tout comme le font les "manfra" par exemple, ou les dessinateurs embauchés par Dupuis sommés de faire du Franquin, ou de la ligne claire de l'autre coté, ou du réalisme idéalisé chez les super-héros, ou du Disney comique ou semi-réaliste, ou du pseudo "Lanfeust", etc...)
Mais un jour très proche, une IA non LLM n'aura même plus besoin de modèles (si ce n'est la réalité du monde physique), et cet argument tombera de lui-même.
Au final, les artistes productifs ont toujours eu recours à la technologie, qui les sert dans leur art, et dans leur survie, parfois. Je ne vois donc pas en quoi cette nouvelle technologie en serait une exception.
Sinon qu'on a autant de mal à imaginer ce que cela va devenir qu'un Benjamin Rabier, un Georges Colomb, ou un Richard Felton Outcault envisageant la production informatique de leurs oeuvres.
Mais les créateurs n'ont ils pas plus d'imagination que la moyenne d'entre nous ?
