Pouffy a écrit:Pour le monde de la BD, autant aux US et au Japon le virage numérique a été pris... autant en Europ c'est plus compliqué. L'attachement à l'objet est plus fort et les lecteurs numériques adaptés posent plus de problème (taille, poids, encombrement). Si dans le métiers le tout numérique est présent... il ne l'est pas côté lecteur... et ce même chez les jeunes. A suivre. D'ailleurs le piratage dans le monde de la BD existe depuis près de 30 ans... et n'a jamais été relevé comme un problème, donc il demeure encore anecdotique.
Le piratage des livres est beaucoup plus anecdotique selon moi. Du coup, les éditeurs s'y intéressent moins car ça leur coûterait certainement trop de temps et d'argent pour faire fermer quelques rares sites à partager des EPUB.
Je ne connais pas la proportion de livres piratés, mais je doute que le nombre de téléchargements de livres ait un impact si important pour les éditeurs. En tout cas en France où le cap du livre numérique n'a pas encore été passé.
Je pense aussi que le plus faible piratage des livres a plusieurs causes :
1 - La musique et le cinéma sont des produits numériques par nature
Alors certes, ce n'était pas le cas au début puisque la musique était enregistrée sur vinyles, bandes magnétiques et que les films étaient enregistrés sur des bobines. Mais depuis l'arrivée des CD, la nature de ces produits culturels a changé pour devenir des produits numériques. Ce qui a facilité leur piratage.
Lorsqu'un film ou une musique est créée directement par ses auteurs comme un fichier numérique, il n'y a rien de plus facile que de le dupliquer et de le partager. Avec un minimum d'effort. D'autant plus que les systèmes de protection n'étaient pas encore très développés dans les années 1990 et 2000 (et aujourd'hui encore, ils peuvent être contournés).
Alors qu'un livre, c'est avant tout un produit physique, qu'on tient dans ses mains. Et qui n'a pas été conçu pour reposer sur un support numérique type CD/DVD ou Blu-ray.
Et je pense que notre représentation mentale des livres en fait des produits physiques et qu'on se les représente moins comme des produits numériques (même si ça va sans doute évoluer avec le temps). Alors qu'on se représente tous les films, séries et la musique comme des produits numériques, quand bien même ils seraient gravés sur CD/DVD. On sait qu'il y a un fichier sur le support. Et qu'on a besoin d'un appareil électronique pour les lire.
Comme les livres ne sont pas des produits numériques à la base (même si l'outil informatique a pu servi à leur création et leur impression), les fichiers ne sont pas aisément accessibles. Donc difficiles à dupliquer et à partager.
Si on prend l'exemple des scans de mangas, il faut que des personnes aient scannés manuellement les pages une à une pour ensuite les uploader sur divers sites. C'est chronophage. C'est donc un frein a ce type de piratage. Pour les autres livres, comme les romans, il faut les saisir manuellement puis créer un fichier EPUB. Même si je me doute qu'il doit y avoir aujourd'hui des logiciels permettant de "lire" le texte d'une photo ou d'une page scannée pour le retranscrire en format texte.
Les livres numériques (EPUB etc.) sont apparus il y a une 15aine d'années, alors que les films piratés, ça date d'il y a plus de 30 ans (je me souviens de laser discs pirates, de VHS copiées, puis des CD de musique gravés début 2000...). Le cinéma et la musique ont au moins 15-20 ans d'avance par rapport aux livres. Le piratage a donc commencé bien plus tôt.
2 - Les sites de partage de livres sont plus difficiles d'accès
Pour les cinéma et la musique, on avait Bit Torrent, eMule, eDonkey, the pirate bay et de nombreux sites de streaming pirate.
Pour les livres, il y a la Library Genesis (dont les liens sont désactivés au fur et à mesure par la justice ou bloqués par les FAI), Fourtoutici (qui a fermé) et 2-3 autres sites (PDFCOFFEE etc.). Beaucoup de ces sites nécessitent par ailleurs une inscription pour accéder aux fichiers. L'accès étant beaucoup moins facile, les gens ne vont pas forcément chercher à pirater des livres. D'autant plus qu'il faut avoir une liseuse pour avoir une lecture relativement agréable (la lecture sur tablette ou ordinateur étant assez laborieuse et peu confortable). C'est un achat en plus, et donc un potentiel frein (une liseuse, ça coûte une centaine d'euros en général). Est-ce que ça vaut le coût de payer un appareil ce prix-là alors qu'on peut, pour le même prix, acheter une 15aine de romans ? Tout dépend de la consommation de livres qu'on a. Un gros consommateur s'y retrouvera sans doute.
3 - Les gens consomment beaucoup plus de films et de musique que de livres
Tout le monde ou presque a un téléviseur aujourd'hui. Et tout le monde écoute de la musique. Si je demande à n'importe qui autour de moi, je suis sûr que la quasi totalité de mes proches auront passé plus de temps à écouter de la musique ou regardé des films/séries TV que de lire des livres rien que la semaine passée.
Parce qu'écouter de la musique ou regarder un film ou une série, c'est être passif. Il n'y a pas forcément besoin de concentration ni d'effort à faire. Alors que lire un livre, il faut se concentrer sur les mots, sur le sens des phrases, et se représenter les scènes mentalement, imaginer les apparences des personnages, des lieux, leurs voix (moins pour les BD vu qu'on a les images).
Et ce n'est pas une critique. C'est juste que c'est plus facile. Après une journée de boulot, on préfère se poser devant la télé plutôt que de lire un livre. Et on peut faire autre chose en même temps. Idem pour la musique. Alors que lire un livre est une activité exclusive (difficile de faire à manger ou de faire ses comptes pendant qu'on lit ^^).
Les gens vont plus avoir tendance à pirater une œuvre dont ils font une grosse consommation. Même si l'apparition du streaming a fortement freiné le piratage, avant que celui-ci reprenne en raison de la multiplication abusive du nombre de plateformes.
4 - Un livre coûte moins cher à produire qu'un film
Le cinéma, ça représente des dizaines voire maintenant des centaines de millions de coût de production. Surtout pour les blockbusters. Et ce sont surtout les blockbusters qui sont piratés. Parce que ce sont généralement des films tout public et que tout le monde veut les voir mais que tout le monde ne veut pas mettre (Y membres de la famille x coût de la place du ciné et du popcorn) euros pour voir le film. Idem pour les séries TV, dont les coûts de production ont explosé ces 30 dernières années.
La perte, pour les sociétés hollywoodiennes et producteur de série, est importante en terme d'échelle, ce qui a justifié, je pense, que la justice s'est beaucoup plus intéressé à ce type de piratage. Parce que ce type de piratage avait une ampleur beaucoup plus importante pour les raisons évoquées dans les points précédents.
C'est pourquoi je pense que le livre est encore assez épargné par le piratage.
Mais il est évident que, si demain tous les livres ne sortaient plus qu'en numérique, le piratage de livres aurait le vent en poupe.