L'Odyssée, j'ai trouvé ça pas mal. Nolan s'en sort plutôt bien. Mais quelques aspects me chifonnent (et je serais ravi de pouvoir en discuter) :
Si cette oeuvre est fondatrice, c'est a priori parce qu'elle met en scène la condition humaine à travers les erreurs d'Ulysse, ses succès, sa curiosité, son désir, son choix de renoncer à l'immortalité qui lui tend les bras, les coups du sort, le fait de toujours choisir Ithaque contre vents et marées, le sentiment que son trajet ne sera peut-être jamais réellement accompli... Il y a donc une dimension universelle qui continue de nous parler.
Pas sûr qu'avec le choix de Nolan
Ulysse est victime avant l'heure du syndrome PTSD, thème qui devient le coeur du film
, l'oeuvre garde cette même dimension universelle. En même temps, avec son
, c'est quand même l'expérience de ce qui ne sera jamais plus, on retrouve donc bien la nostalgie lié au nostos, c'est-à-dire le récit du retour a casa du guerrier. En ce sens, c'est aussi un récit de l'universalité, mais une universalité plus étroite et c'est déjà dommage...
Mais ce qui manque peut-être justement lors de ce parcours nolanesque, ce sont, au-delà des épreuves physiques, les différentes tentations qui mettent à l'épreuve le héros. Cela aurait été lourd sans doute, mais exit la charge érotique du récit original (enfin, pas tout à fait quand même,
merci, Charlize Theron

:
Chez Nolan, Ulysse est fidèle, même quand il a passé sept ans avec Calypso, c'était parce qu'il avait oublié qu'il avait une femme, le recours au lotus ici et non au début de son voyage est bien pratique dans ce passage...
, Circé n'est plus sensuelle, le renoncement à l'immortalité est à peine évoquée sur l'île de Calypso, etc.
Par ailleurs, et c'est peut-être ce qui expliquerait que j'ai trouvé le combat final bien trop long, j'ai trouvé qu'avec le choix de Nolan, il y aurait presque un souci de cohérence :
Comment un homme traumatisé par ce qu'il a vu à Troie peut-il ainsi livrer à la mort tous les prétendants et normalement toutes les servantes (c'est suggéré brièvement dans le film) qui ont couché avec eux dans un déluge de fureur et de sang ? Chez Homère, il n'y a pas du tout l'idée de ce traumatisme il me semble, Ulysse est un héros assoiffé de vengeance, dont l'action héroïque consiste aussi à rétablir l'ordre bafoué en ayant recours à la force brutale justement, c'est un chef qui sauve ses hommes autant qu'il les condamne, un être complexe qui doit composer avec ses contradictions
, et c'est aussi je crois cette étrangeté morale qui fascine dans cette oeuvre.
En en faisant, comme je l'ai lu quelque part, un " héros de multiplexes ", Nolan a peut-être affadi ou du moins réduit l'oeuvre puissante d'Homère qui continue aujourd'hui de nous interroger.
Par ailleurs, je ne suis pas sûr non plus d'avoir apprécié les apparitions de Zendaya
façon " Où est Charlie ? " , c'est à la fois bien et un peu grotesque...
.
Mais à l'arrivée, j'ai trouvé ça pas mal, je ne me suis pas ennuyé dans l'ensemble et les choix opérés par Nolan
me semblent très réussis.